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Dans la ville de Giumri au nord de l'Arménie, se trouve l'Eglise dédiée à la Sainte Vierge. Dans la chapelle de droite, on peut admirer une icône célèbre de la Vierge intitulée "les sept plaies". Cette icône, spécialement vénérée par les croyants arméniens, représente un fait singulier en Arménie et l'église qui l'abrite s'est transformée en lieu de pèlerinage.
Dans l'histoire de la tradition iconographique arménienne, il n'est pas coutumier de présenter la Sainte Vierge avec sept glaives transperçant son cœur. (Il s'agit des sept plaies symboliques que la Sainte Vierge a reçues durant la vie salutaire de son fils, notre sauveur, Jésus Christ). Ceci n’empêche pas de nombreux croyants de Giumri dans leur ville très riche en traditions nationales de se rendre à la chapelle sacrée de l’église de la Sainte Vierge pour offrir leurs ferventes prières, formuler leurs vœux et leurs souhaits les plus ardents. Ils viennent chercher une consolation à leur âme tourmentée par les durs flots de la vie et leurs efforts quotidiens dans le regard serein et souriant de la Sainte Vierge troublée.
Cette icône est beaucoup plus ancienne que l’église, construite en 1837 avec des pierres sombres, située sur la place principale de Giumri, face à l’Eglise Saint-Sauveur, détruite après le séisme du 7 décembre 1988.
L’icône donne une note particulière à l’église qui l’abrite, raison pour laquelle elle a reçu le nom de la Sainte Vierge Marie.
Sur les genoux de la Sainte Vierge où repose le corps de Jésus, la tête baissée, occupe le centre du tableau. A sa droite et à sa gauche se tiennent deux anges dont le regard ébahi reflète l’ampleur inouïe et incompréhensible de l’événement. Un nimbe lumineux éclaire le visage de la Sainte Vierge recouvert d’un voile azur et doré. Entre les nuages que l’on aperçoit dans le ciel triste, une multitude de séraphins et de chérubins fixent leur regard sur le Fils de Dieu et sa mère. Ils annoncent tous la terrible tragédie.
L’icône ne présente pas du tout l’envol des miniaturistes de la célèbre école de Cilicie comme Toros Roslin ou Sargis Bidzak. Au contraire il s’agit ici d’un art naïf d’une simplicité totale et comme très souvent c’est ce style simple qui impressionne les coeurs fervents des fidèles.
Comme il est triste le visage de la Sainte mère, le type même d’une mère dont la douleur et la tristesse ne se limitent pas à sa personne ou aux liens qu’elle a eus avec son Fils Crucifié, mais qui en vérité se rapportent aux souffrances et aux tourments humains et universels.
Cependant, même si le sujet de l’icône apparaît aux yeux des fidèles comme l’image d’une mère tourmentée, le peintre anonyme révèle une vérité religieuse profonde, une paix infinie, une tranquillité spirituelle indicible et dans le regard de la Sainte Vierge on voit se refléter l’espoir infini et la force invincible de la vie.
L’espoir est la sève de la vie. Les trois vertus fondamentales de la religion, foi, espoir et amour, sont étroitement liées entre elles et il est impossible de les séparer.
Il est curieux de voir que les habitants de Giumri nomment également leur église « l’Église des sept plaies » car la Mère de Dieu est représentée dans cette icône avec sept glaives qui transpercent son cœur, représentant les sept plaies qu’elle a reçues durant la vie salutaire de son fils, notre Sauveur Jésus Christ.
Quant aux deux dernières plaies de la Mère de Dieu, qui représentent la pietà et les événements émouvants de la mise au tombeau de Jésus, l’auteur de cet ouvrage fait les réflexions suivantes qui découlent de sa foi ardente :
« Sous le ciel noir, seuls quelques personnes restaient près de la croix avec les soldats. Parmi eux, une femme attirait particulièrement les regards, qui, s’agrippant à la base ensanglantée de la croix, pleurait en criant et en sanglotant, la mort de son fils. C’était la Mère de Dieu.
Le corps sans vie de Jésus est descendu de la croix et avant l’ultime séparation, il est mis sur les genoux de sa mère qui avait dans le temps caressé et allaité le petit Jésus dans la sainte crèche de Bethléem; à présent le pied de la croix est devenu sa tombe. Il n’y a pas de scène plus contradictoire que celle qui rapproche le début et la fin de l’homme. La sainte crèche où dormait l’enfant sous le regard souriant de sa mère et le corps d’un fils vers lequel se porte le cœur tourmenté de la Mère de Dieu.
Les yeux méchants et incrédules ne parviennent pas à comprendre ce point culminant de la sainteté divine et humaine. Un œil mortel ne doit pas voir le fond de la souffrance de la Mère de Dieu qui est plus terrible que la mort et qu’elle a subie pour servir son fils jusqu’à la fin et rester fidèle et dévouée dans l’adoration de l’amour de Dieu.
La Mère de Dieu se trouvait là jusqu’à la dernière étape de la vie terrestre de Jésus et jusqu’à sa mise au tombeau. Dans les tâtonnements de ces jours sombres et malheureux, des tempêtes avaient envahi son âme malheureuse, et les événements néfastes avaient ensanglanté son cœur tendre de leurs épines acérées. En commençant par son arrestation, son procès lugubre, sa persécution de plus en plus violente, sur le chemin de la croix, la crucifixion au Golgotha jusqu’à sa mort et sa mise au tombeau, quelle fidélité et quel amour sans pareil donne la force à un cœur maternel qui inspire et dote de vertus inestimables la femme fragile qui persiste à rester près de son fils jusqu’à la tombe.
Hier encore, jeune vierge, quand elle recevait dans un coin de sa chambre le salut de l’ange porteur de bonnes nouvelles, en tant que « servante de Dieu » elle obéit totalement à la volonté admirable de Dieu, pour porter dans son corps terrestre le feu divin, pour prendre part au mystère salvateur prédestiné. Elle était alors femme bienheureuse parmi les femmes, mais ici, en tant mater dolorosa, debout face à la tombe de son fils méprisé, persécuté et torturé, crucifié et sans vie, elle pense encore en son âme la même chose « Que ta volonté soit faite »; la meilleure sagesse et la vraie philosophie de la foi se cristallisent dans cette expression qui réunit la mère et le fils dans un dévouement transcendantal parfait.
Dieu a cherché une mère pour y ériger l’autel de sa foi. C’est là que réside toujours vivant l’autel du dévouement, où l’amour est sanctifié. Il faut y entendre toujours la sainteté de la vie, qu’au fond de notre être se trouve le mystère du Dieu Sauveur».
Le présent livre est une méditation sur l'icône de la Vierge aux sept plaies se trouvant à l'église de Giumri, qui guide étape par étape les croyants arméniens grâce à la signification des sept plaies de la Sainte Vierge, à savoir la prophétie du vieillard Siméon, la fuite de la Sainte famille en Egypte, la perte de Jésus au Temple de Jérusalem, le crucifiement, la descente de la croix, la Pietà et la mise au tombeau de Jésus.
Ce livre a été imprimé pour la première fois en 2006 à Beyrouth, en arménien occidental. Il a été ensuite publié traduit en arménien oriental, à la requête de l’évêque Michael Adjapahyan, le prélat de diocèse de Chirak en Arménie. A la même date, il a été imprimé à Erevan et mis spécialement à la disposition des nombreux fidèles de Giumri. |